

Barly Baruti : le pionnier congolais qui a porté la BD de Kinshasa jusqu’à l’international
10 septembre 2026Administrateur



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Dans l’histoire de la bande dessinée en République démocratique du Congo, certains noms occupent une place particulière. Barly Baruti est incontestablement l’un d’eux.
Né le 9 décembre 1959 à Kisangani, de son vrai nom Baruti Kandolo Lilela, il commence très tôt à s’intéresser au dessin et à la bande dessinée. À seulement 12 ans, il participe et remporte un concours de dessin consacré à l’univers de Spirou, une expérience qui contribue à confirmer sa vocation artistique.
Aujourd’hui, son parcours constitue un véritable chapitre de l’histoire de la BD congolaise.
Issu d’une famille de peintres, Barly Baruti grandit dans un environnement où les arts occupent une place importante.
Après des études en pédagogie, il s’oriente progressivement vers le dessin et l’animation culturelle. À partir de 1980, il participe à différents ateliers et stages consacrés à la bande dessinée dans plusieurs pays africains ainsi qu’en France. Ces expériences lui permettent de développer son style et d’enrichir sa connaissance du neuvième art.
En 1982, il réalise Le Temps d’agir, une œuvre consacrée à la protection de l’environnement. Cette première publication marque le début d’une longue carrière au cours de laquelle la bande dessinée deviendra pour lui un moyen de raconter, d’éduquer et de sensibiliser.
Après son installation à Kinshasa au début des années 1980, Barly Baruti multiplie les projets.
Il collabore notamment avec la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC) entre 1985 et 1992. Il travaille également dans différents domaines artistiques et participe à la vie culturelle de la capitale.
En 1987, il publie notamment La voiture, c’est l’aventure ainsi que Papa Wemba – Viva la musica !, une bande dessinée consacrée à l’icône de la musique congolaise Papa Wemba.
Ce choix est révélateur d’une démarche qui caractérise son travail : raconter des histoires proches de la société congolaise et mettre en images ses personnalités, ses réalités et sa culture.
L’un des moments importants de son parcours survient en 1990, lorsqu’il lance à Kinshasa la revue Afro BD.
À travers cette initiative, Barly Baruti cherche à contribuer au développement de la bande dessinée africaine et à offrir davantage de visibilité aux créateurs du continent.
Il participe également à la création du premier Salon africain de la bande dessinée et de la lecture pour la jeunesse, organisé à Kinshasa en 1991.
Cette dimension de transmission est essentielle dans son parcours : Barly Baruti n’a pas seulement cherché à produire ses propres albums. Il a également contribué à créer des espaces permettant à la BD africaine de se développer.
En 1992, Barly Baruti s’installe en Belgique.
Cette nouvelle étape lui permet d’élargir son réseau professionnel et de travailler avec différents acteurs du monde européen de la bande dessinée.
Il avait auparavant effectué un séjour aux Studios Hergé à Bruxelles, où il a notamment eu l’occasion de côtoyer le dessinateur Bob De Moor. Il collabore également avec plusieurs publications destinées à la jeunesse.
Son arrivée en Europe marque ainsi une nouvelle phase de sa carrière, sans pour autant rompre avec ses racines congolaises.
La carrière internationale de Barly Baruti prend une nouvelle dimension grâce à sa collaboration avec le scénariste Frank Giroud.
Ensemble, ils réalisent la série Eva K, publiée aux éditions Soleil entre 1995 et 1998. La trilogie comprend notamment Les Hommes du train, Amina et Traquenard.
Le duo poursuit ensuite sa collaboration avec Mandrill, une série publiée chez Glénat qui compte sept albums entre 1998 et 2007.
Ces collaborations permettent à Barly Baruti de s'imposer davantage dans le paysage européen de la bande dessinée.
L’œuvre de Barly Baruti ne se limite pas aux récits de fiction.
Au fil de sa carrière, il réalise également des bandes dessinées consacrées à des questions sociales, environnementales et historiques.
Il participe notamment à des projets de sensibilisation autour de l’environnement, du VIH/SIDA, de la transition politique en RDC et d’autres problématiques sociales.
Cette approche montre une conception particulière de la bande dessinée : pour lui, le neuvième art peut divertir, mais également informer, transmettre et sensibiliser.
Parmi les œuvres les plus remarquées de sa carrière figure Madame Livingstone – Congo, la Grande Guerre, publiée chez Glénat en 2014.
L’album, scénarisé par Christophe Cassiau-Haurie et dessiné par Barly Baruti, revient sur la Première Guerre mondiale en Afrique centrale et notamment sur les événements liés à la région des Grands Lacs.
Cette œuvre lui vaut plusieurs distinctions en 2015, dont le prix Cognito Europe du meilleur album de bande dessinée historique ainsi que d’autres récompenses liées à l’album.
En 2016, Barly Baruti dessine Chaos debout à Kinshasa, avec un scénario de Thierry Bellefroid.
L’album replonge le lecteur dans le Kinshasa des années 1970, sur fond du célèbre combat de boxe opposant Mohamed Ali à George Foreman en 1974. Le récit utilise cet événement historique comme toile de fond pour raconter une autre histoire, profondément liée à Kinshasa.
Une fois encore, la ville congolaise occupe une place importante dans son univers artistique.
Réduire Barly Baruti au seul métier de dessinateur serait incomplet.
L’artiste est également illustrateur, caricaturiste, coloriste, animateur culturel, musicien et auteur-compositeur-interprète.
Il a notamment développé plusieurs projets musicaux et lancé en 2001 le festival L’Autre Musique, avec l’ambition de proposer aux publics congolais et africains d’autres formes d’expression musicale.
Cette polyvalence explique en partie la richesse de son parcours et sa capacité à faire dialoguer bande dessinée, musique et culture.
Plus de quatre décennies après ses débuts, l’importance de Barly Baruti dépasse largement sa bibliographie.
Son parcours montre qu’un auteur congolais peut construire une carrière internationale tout en conservant un lien fort avec son pays, son histoire et sa culture.
À une époque où de nouveaux auteurs congolais utilisent désormais les plateformes numériques, les réseaux sociaux et les nouvelles technologies pour créer et diffuser leurs œuvres, l’expérience de pionniers comme Barly Baruti constitue une source d’inspiration.
Son histoire rappelle également que la bande dessinée congolaise ne commence pas avec l’ère numérique. Elle possède une histoire riche, portée par plusieurs générations d’auteurs qui ont travaillé, souvent dans des conditions difficiles, à faire exister le neuvième art en RDC.
De Kisangani à Kinshasa, puis de la RDC à l’Europe, Barly Baruti a construit une carrière exceptionnelle.
À travers ses albums, ses collaborations, ses initiatives culturelles et son travail de transmission, il a contribué à donner davantage de visibilité à la création congolaise et africaine.
Pour Congo BD, raconter son parcours, c’est aussi contribuer à préserver la mémoire de la bande dessinée congolaise et à faire connaître aux nouvelles générations les artistes qui ont ouvert la voie.
Barly Baruti n’est donc pas seulement un dessinateur congolais reconnu. Il est l’un des visages de cette génération qui a démontré que la bande dessinée africaine pouvait raconter ses propres histoires et trouver sa place sur la scène internationale.